Il marche dans la nuit. Les rues sont désertes. Seuls le bruit de ses pas et les lumières sourdes de la ville l’accompagnent.
Au sommet d’une colline d’asphalte et de béton, il s’arrête. Son regard plonge sur la cité endormie. Un alignement de coupoles illuminées émerge des toits sombres et fuit devant ses yeux, comme un rayon d’or.
C’est par là qu’il va.
Par là, ailleurs, nulle part… C’est du pareil au même pour lui, maintenant.
Mais c’est par là qu’il ira, il l’a décidé.
Il a quitté la ville depuis des heures. La nuit est complète désormais. Profonde, enveloppante, rassurante même, par l’oubli momentané qu’elle procure.
Au détour d’une forêt, une lueur apparaît.
Un pont.
En s’approchant, sur sa droite, à la faveur d’une éclaircie entre les arbres, il aperçoit des corps allongés sur l’herbe, nus.
Il s’engage sur le pont. Arrivé au milieu, il s’appuie au parapet et contemple la scène. La lune éclaire comme un plein jour derrière un voile continu de nuages fins. Une vaste prairie s’étend, verte et paisible, au bord de la rivière et, à perte de vue, indistincts, seuls ou par groupes, des corps nus la parsèment et semblent profiter du lieu, de l’instant. En toute paix.
Le temps passe. Indécis, il revient sur ses pas et quitte le pont. De retour sur le chemin, il s’arrête à nouveau. Il hésite. Il hésite à rejoindre la prairie. Il hésite à se mêler à ces corps.
Finalement, il fait volte-face et traverse le pont. De l’autre coté, une légère pente s’élève sur sa gauche. Il s’y engage et tombe sur un pré. L’herbe est drue, accueillante. Il retire ses vêtements et s’allonge. Il emplit ses poumons d’un air frais et bienveillant et tente de faire le vide. Au loin, un écho finit par lui parvenir. Un écho faible et familier mais qu’il peine à reconnaître. Sa vue se brouille. Le pont disparaît sous ses yeux.
Il s’endort.
À son réveil, elle est à ses cotés, blottie contre lui sous cette épaisse couverture d’herbe. Nue, aussi…
Instinctivement, ses mains parcourt son corps, sa bouche la recherche, avec pudeur, mais elle se refuse à son étreinte.
Elle veut juste être là.
Lorsque sa retenue laisse place à une ardeur maîtrisée, elle lui consent un baiser. Un baiser tendre, un baiser doux. Un bon baiser. Facile et légèrement amer à la fois (comme le goût d’une parenthèse qu’on hésite à ouvrir ou qu’on peine à refermer).
Bientôt, elle ne pourra plus feindre d’ignorer cette envie qui la remue aussi, qui la déborde, au plus profond d’elle-même. En attendant, elle veut juste sentir son désir contre elle et monter en lui, encore, jusqu’à l’insoutenable.
Et savourer ce moment…
Quand il entre en elle, le temps s’arrête, leur souffle se suspend, pour un instant d’éternité… Avant que le monde ne reprenne sa marche, silencieuse, invisible, imperturbable, mais dans une harmonie retrouvée, imperceptible…
Leur étreinte est lente, profonde, puissante, presque irréelle dans l’abandon total des corps, de leur masse, de leur contour, de leur individualité, pour s’élever, pur et aérien, en un seul cœur et se rappeler l’Infini.
Combien de temps s’écoule ainsi ? Des heures, des années, des siècles ?
Quand leur moment s’achève, le sommeil les prend comme à regret. Lui lutte tant qu’il peut mais finit par sombrer, toujours en elle.
Avec le parfum de sa nuque perlée de sueur pour tout horizon et le murmure régulier de son souffle pour dernier appel.
À son réveil, la nuit a repris ses droits.
Il a froid.
Lentement, las, il enfile ses vêtements, poursuivi par un souvenir oublié, la sensation d’une présence ineffable, qui parcourt son corps, et s’arrête sur ses lèvres, surtout.
Puis, il reprend son chemin.
Seul.
Sans se rendre compte que, dans le ciel, est apparue une nouvelle lueur…
Une étoile.
Une étoile qui brille plus fort.
Et qui brille pour lui…
Par Pierre Felder sous https://chroniquesduvoyageur.com/mon-etoile/
Crédit photo : Sam Kolder
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Aurore :
C’est magnifique
22 avril 2021 —
Pierre Felder :
Un grand merci !
23 juin 2021 —